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 Pouvoir et autorité en islam

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Masculin

MessageSujet: Pouvoir et autorité en islam   16/10/2012, 15:08



Le pouvoir



En Islam


Le pouvoir en Islam émane théoriquement de Dieu. Muhammad,
en tant qu’envoyé de Dieu et prophète de sa Loi sacrée, est le détenteur d’un
pouvoir théocratique. Ce pouvoir est a priori spirituel et religieux,
mais du fait de la nature morale et juridique de nombreux versets coraniques et
hadîth, il est le fondement de l’autorité politique et militaire sur
la communauté des croyants (l’umma). Les pactes de ‘Aqaba et la
« constitution » de Médine contractés entre les Médinois, les
musulmans mecquois et Muhammad sont les actes créateurs de cette umma,
et reconnaissent le prophète comme chef politique.


Muhammad lui-même n’a pas réglé sa succession, et s’étant
proclamé « sceau des prophètes », il ne pouvait pas être remplacé par
un nouveau prophète. A sa mort, les principaux membres de la communauté élisent
donc son plus proche compagnon, Abû Bakr (632-634), comme chef politique des
musulmans, avec le titre de « successeur de l’envoyé de Dieu » (khalîfa
rasûl Allâh
), c’est-à-dire « calife ». ‘Umar, deuxième calife
(634-644), y ajoute le titre de « commandeur des croyants » (amîr
al-mu’minîn
). Les quatre premiers califes sont ainsi élus par leurs pairs,
et dirigent les musulmans depuis la capitale, Médine.


Dès cette époque apparaît une opposition fondamentale entre
deux conceptions du pouvoir. L’une fonde l’autorité sur l’hérédité du prophète,
et considère que seuls les descendants de ‘Alî, gendre de Muhammad, ont la
légitimité pour diriger le dâr al-Islâm : ses partisans sont les
chiites. Selon l’autre, le détenteur du pouvoir califal doit être le plus digne
des musulmans, et devrait, en principe, être investi par la communauté :
c’est la conception qui sera adoptée par les sunnites.


A la suite d’une guerre civile, les partisans de ‘Alî,
quatrième calife (656-661), abandonnent le pouvoir aux Omeyyades, favorables à
l’idée d’un calife investi par la communauté pour ses compétences et sa
dignité. Ceux-ci respectent donc théoriquement le principe électif (validé par
le serment d’investiture ou bay‘a), mais imposent de fait le principe
héréditaire en créant la première dynastie musulmane (661-750). Damas, leur
capitale, devient le centre du pouvoir dans l’empire arabo-musulman.


Lors de leur arrivée au pouvoir, les califes abbassides
(750-1258) maintiennent le principe dynastique, mais le rattachent à
l’appartenance à la famille du prophète, tout en n’étant pas chiites. Ils sont
en effet membres de la famille de Muhammad, mais ne descendent pas de ‘Alî. Le
souverain siège alors à Bagdad (ou à Samarra au IXe siècle), dans un
palais (dâr al-salâm) où, assis sur un sofa caché par un rideau, il
arbore les attributs de l’autorité califale : la baguette, le manteau du
prophète, le sabre et le Coran de ‘Uthmân (‘Uthmân est le troisième calife de
644 à 656, qui a organisé la rédaction du Coran de référence pour les
sunnites). Il porte un costume noir et un bonnet haut. Le palais est le centre
du pouvoir, et le faste de sa cour l’expression de sa puissance.


Fondamentalement, le calife est le protecteur de l’islam en tant que
religion et en tant que communauté, il est à ce titre la source théorique de
tous les pouvoirs. Pour les sunnites, le calife doit préserver la Loi révélée au prophète, et
son principal rôle religieux, en tant qu’imâm, consiste donc à
empêcher les innovations ou bid‘a. Il n’a donc en principe aucun
pouvoir législatif, puisque seul Dieu révèle la loi. Selon les chiites, l’imâm
est en revanche


« auteur » de la Loi du fait de son ascendance prophétique. En
tant que chef militaire, le calife doit déclarer la guerre sainte (jihâd),
et la diriger contre les infidèles ou les mauvais musulmans. Il a aussi le
devoir de défendre la communauté contre les agressions extérieures. Le calife
est aussi le garant de la justice dans son empire ; il doit donc juger et
arbitrer entre ses sujets. Pour mener à bien sa politique, le calife organise
la justice, l’administration, et perçoit les taxes de tout l’empire.


Pour cela, il délègue ses pouvoirs, en envoyant à des
individus un diplôme d’investiture, une robe d’honneur, et différents présents.
Il nomme ainsi les juges (qâdî), chargés de rendre la justice dans les
provinces de l’empire. Il désigne aussi des gouverneurs (wâlî ou amîr)
dans les provinces, chargés de maintenir la sécurité, qui sont secondés par des
percepteurs de taxes (‘âmil). Dans la capitale, l’administration est
centralisée autour de bureaux (dîwân) commandés par le vizir (wazîr),
et différents hauts fonctionnaires comme le chambellan (hâjib).


Dans l’ensemble de l’empire, l’autorité du calife est
validée par l’inscription de son nom sur les pièces de monnaies et les tirâz
ainsi que par l’affirmation de sa souveraineté dans le sermon du vendredi, dans
la grande mosquée de chaque ville. Mais cette autorité n’est parfois que
nominale. Dans un aussi vaste empire, la tendance à l’autonomie des gouverneurs
provinciaux fut constante, et s’est particulièrement développée à partir du IXe
siècle. A ces forces centrifuges, s’ajouta alors l’explosion de l’unité de la
communauté, lorsque deux nouvelles dynasties revendiquèrent le califat :
les Fatimides, chiites (909-1171), et les Omeyyades de Cordoue (929-1031).
D’autres dynasties revendiquèrent par la suite le califat : les Almohades,
les Mérinides et les Hafsides. Quoique les califes conservèrent toujours leur
autorité religieuse et doctrinale, leur pouvoir fut encore plus affaibli par la
délégation de leurs autres fonctions à des généraux de différentes dynasties
persanes et turques, appelés grands émirs (amîr al-umarâ’) à partir de
932, puis sultans (titre pris par les Turcs seljoukides à partir de 1058, puis
par plusieurs dynasties), ou à des dynasties d’autres hauts dignitaires (comme
les Amirides dans le califat de Cordoue). Cette période des Xe-XIe
siècle marque donc une rupture fondamentale avec le passage du pouvoir des
mains de civils arabes appartenant à la famille du Prophète, à des non Arabes
issus le plus souvent de la caste militaire. Le sultanat devint alors la
principale institution détentrice du pouvoir politique, bien qu’elle émanât
théoriquement du calife. Ainsi, après la chute du califat de Bagdad en 1258,
sous le sultanat mamelouk (1250-1517), le calife abbasside du Caire n’était
plus qu’un fantoche, alors que le sultan, désigné parmi ses pairs, c’est-à-dire
les officiers du corps d’esclaves soldats mamelouks, dirigeait réellement
l’empire (quand lui-même n’était pas un fantoche sous l’autorité d’un grand
émir). C’était alors le sultan qui régnait, et qui nommait ses représentants
dans les provinces. Sous les Mamelouks, le pouvoir était donc confié à un
groupe d’esclaves militaires affranchis (en général turcs ou circassiens), qui
dominaient tout le Proche Orient. Les sultans ottomans, qui dominaient les
Balkans et l’Anatolie, maintinrent en revanche le principe dynastique.
Lorsqu’en 1517, ceux-ci provoquèrent l’abdication du calife abbasside du Caire,
il semble qu’ils ne revendiquèrent pas immédiatement son titre. Mais ils se
présentaient au XIXe siècle comme détenteurs du califat, jusqu’à sa
suppression par Mustafa Kemal Atatürk en 1924.


Bibliographie








Islam


Bosworth, C.E., Kramers, J.H., Schumann, O.,
« Sultân », Encyclopédie de l’Islam, 2e édition,
IX, p.884-889


Garcin, J.Cl. (dir.), Etats, sociétés et cultures du
monde musulman médiéval
, Xe-XVe siècle, 3 tomes,
Nouvelle Clio, PUF, Paris, 1995-2000


Sourdel, J. et D., Dictionnaire historique de l’Islam,
PUF, Paris, 1996


Sourdel, J. et D., La civilisation de l’Islam classique,
Paris, 1968


Sourdel, D., Lambton, A.K.S, de Jong, F., Holt, P.M.,
« Khalîfa », Encyclopédie de l’Islam, 2e édition,
IV, p.970-985
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